| Interview Léo et Lola |
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Marc Cantin : En effet, ce n'est pas récent. Mes premières lectures, c'étaient des BD. J'étais incapable de lire un roman. J'avais besoin du support de l'image, de voir les personnages, les décors, et surtout de pouvoir me passer du texte. Je "lisais" toujours une première fois
Est-ce que vous vous êtes déjà essayé au dessin, si oui, pourrions-nous voir quelques uns de ces chefs d'œuvres ?
MC : Je gribouille... ce qui me permet de fournir du scénario découpé aux dessinateurs. Je pense que le boulot du scénariste, ce n'est pas seulement de remplir des bulles, c'est aussi de s'attaquer à la mise en scène, donc au découpage. J'en discute bien sûr avec le dessinateur, et nous revoyons des choses ensemble. Mais pour moi, c'est important arriver avec ce travail préparatoire qui permet d'avoir une vision de la planche, et de réfléchir aux choix narratifs avant de passer à la réalisation graphique pure.
Comment avez-vous fait la rencontre de Thierry Nouveau, dessinateur pour votre BD "pour petits" Léo et Lola ? Au passage, est-ce un nouveau dans le monde de la bd ?
MC : Thierry faisait un peu de BD également en presse jeunesse, mais il était surtout connu pour son travail d'illustrateur. Il avait d'ailleurs illustré une de mes histoires ("Un poney au balcon") pour les éditions Rageot avec beaucoup d'humour. J'ai tout de suite adoré sa façon de "mettre en image". L'éditeur m'a ensuite appris qu'il n'habitait pas très loin de chez moi. Nous nous sommes donc rencontrés et je me suis aperçu que si certains "parlent comme ils sont", Thierry, lui, "dessine comme il est". Son trait, c'est sa personnalité, sa sensibilité, sa sincérité. Et cette approche qu'il a du monde de l'enfance m'a plu tout de suite. J'ai aussi rencontré sa coloriste, Laurence Croix, qui travaille dans le même état d'esprit. Ces deux là, je les garde précieusement !
Est-ce que vous pensez sincèrement que la bande-dessinée est accessible pour tous ?
MC : À ceux qui aiment ce mode narratif. Disons qu'on peut l'adapter à tous les publics, y compris aux "apprentis lecteurs". Je pense même que
Etes vous à l'origine du projet Léo et Lola, ou est-ce une idée de votre collaborateur Thierry Nouveau ?
MC : Je plaide coupable ! J'avoue, je l'ai entraîné dans cette histoire... je lui ai parlé d'un projet de BD pour les très jeunes lecteurs qui me trottait dans la tête depuis quelque temps.
MC : Je ne voyais pas grand chose en BD pour les 5-8 ans. Ces jeunes enfants vont souvent "piocher" chez les plus grands et même s'ils peuvent y trouver du plaisir, les préoccupations évoquées dans ces BD ne sont pas les leurs (c'est le cas avec Titeuf par exemple). Et quand ils se tournent vers des BD pour plus jeunes, bien souvent, les personnages sont des animaux humanisés, car on a peur de proposer une identification trop forte pour cette tranche d'âge. Personnellement, je pense que c'est dommage. Les jeunes enfants ont besoin, comme les autres, de lire des histoires avec des personnages qui leur ressemblent et qui ont des préoccupations proches des leurs. J'ai donc commencé à chercher des idées sur un sujet qui me semblait assez bien caractériser cette tranche d'âge : la rivalité. Entre 5 et 7 ans, on se "sociabilise", entre autres par le biais de l'école, mais ce n'est pas toujours facile de ne pas penser "qu'à sa pomme", de partager, de respecter des règles communes... Je me suis donc attaché à tous les petits "dérapages". C'est ainsi que sont nés Léo et Lola.
Si vous étiez un personnage de Bd, lequel seriez vous ?
MC : Aucune hésitation. Je serais Calvin. J'aimerais trop avoir un tigre comme Hobbes et être aussi inconscient et imaginatif que lui. Calvin représente tout ce que j'aime du monde de l'enfance... et tout ce qui me met en pétard en tant que père !
Pensez-vous avoir autant de talents en tant que scénariste qu'en tant qu'écrivain, même si ce sont des métiers qui se ressemblent assez ?
MC : Je ne sais pas vraiment ce qu'est le talent. En vérité, j'ai plutôt l'impression d'être besogneux, de travailler beaucoup pour arriver à un résultat acceptable. En revanche, je suis peut-être plus à l'aise en BD car je ne gère qu'une partie du travail. Je me concentre sur l'histoire et la narration. Le dessinateur s'occupe de tout le reste. Pour un roman, il faut tout faire : créer les personnages (physiquement et moralement), les décors, les costumes... c'est un travail de plus longue haleine. On travaille sur le long terme pour le lecteur. En BD, je travaille aussi pour le lecteur, mais avant pour mon dessinateur, pour qu'il prenne du plaisir à "mettre en image" et qu'il apporte lui aussi son interprétation. J'aime vraiment cette collaboration et je la trouve très stimulante.
Est-ce qu'avec toutes ces idées folles, votre femme vous a-t-elle déjà proposé d'aller vous faire soigner ?
MC : Pas encore... Sans doute parce qu'elle travaille à présent avec moi ! Elle est aussi folle que moi. Sinon plus !... C'est dingue, non ?
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| © 2010 Marc Cantin |
